mardi 27 juin 2017

Les freins à l'embauche pour les entreprises


A l'heure où l'on s'interroge beaucoup sur la simplification du code du travail et où beaucoup de politiciens et d'énarques (qui, pour beaucoup d'entre eux, n'ont jamais travaillé dans le privé) ont des idées toutes faites sur ce qu'il conviendrait de faire, l'INSEE vient de publier une note intitulée : Que nous disent les entreprises sur les barrières à l'embauche.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2871900?sommaire=2872027

En voici le résumé :

"Que nous disent les entreprises sur les barrières à l’embauche ?

Depuis de nombreuses années, l’Insee interroge les entreprises sur les évolutions passées et futures de leur effectif, l’existence de difficultés de recrutement et de contraintes de production dues à un personnel insuffisant. Depuis janvier 2017, ces informations sont complétées grâce à de nouvelles questions permettant de révéler la présence de barrières à l’embauche ressenties par les entreprises et de préciser leur type. Il s’avère que la moitié des entreprises sont confrontées à des barrières au moment d’embaucher des travailleurs en CDI ou CDD de longue durée, un tiers n’en rencontrent pas et les autres ne se sentent pas concernées, probablement parce qu’elles n’ont pas récemment recruté de nouveaux employés. Les embauches sont freinées par l’incertitude sur la situation économique (barrière citée par 28 % des entreprises), la difficulté à trouver de la main-d’œuvre compétente (27 % des entreprises), un coût de l’emploi jugé trop élevé (23 % des entreprises) et par la règlementation du marché de l’emploi (18 % des entreprises)."

Sans surprise, pour un économiste de la demande, keynésien comme moi, le premier frein à l'embauche c'est l'absence de carnet de commande bien rempli. C'est l'incertitude sur l'avenir. Car les chefs d'entreprise n'embauchent que s'ils ont du travail. Et puis, ils n'embauchent pas pour licencier derrière...

Pour lever ce frein à l'embauche, il faut que la conjoncture économique s'éclaircisse et que la croissance économique soit au rendez-vous. Ce facteur est bien entendu influencé, dans une économie mondialisée, par le dynamisme économique mondial. Mais la France doit tout faire pour tirer son épingle du jeu.

Le deuxième frein à l'embauche c'est l'absence de main d'oeuvre qualifiée. De nombreux secteurs (industrie, automobile, restauration, etc...) peinent à trouver des profils qui aient les compétences requises. Le remède est bien connu : c'est la formation tout au long de la vie pour permettre aux salariés de changer de métier et de se reconvertir. C'est un enjeu majeur pour faire baisser le chômage, à condition que ces reconversions ne soient pas "forcées" car un salarié non motivé n'est pas un atout pour une entreprise. Il s'agit aussi de revaloriser certains métiers.

Le troisième frein est le coût du travail. Le CICE et les allègements de charge liés au pacte de compétitivité ont largement permis de rétablir une compétitivité de l'économie française en matière de coûts de la main d'oeuvre. Nous sommes aujourd'hui moins chers que les allemands. Si la course au moins disant salarial ne peut être un objectif en soi (nous serons toujours trop cher par rapport à un ouvrier chinois), ce rééquilibrage était nécessaire. Il va produire ses effets. Faut-il aller plus loin ? J'en doute. Il faut aussi le temps que les stéréotypes des chefs d'entreprises changent et que l'idée du coût du travail trop cher en France (qui était vraie avant) finisse par s'éteindre aux vues des réalités actuelles.

Enfin, en quatrième position, vient la question de la réglementation du travail donc du code du travail. Si les économistes libéraux font de ce combat un totem, on voit que les chefs d'entreprises, ceux qui ont des mains dans le cambouis, ne font pas de ces réformes une priorité. Personnellement je suis convaincu qu'il y a des choses à simplifier dans le code du travail pour qu'il s'adapte mieux aux réalités actuelles et contrairement à certains conservateurs de gauche je ne fais pas de cette réflexion un épouvantail absolu. Sommes-nous finalement mieux protégés comme salariés en France qu'ailleurs en Europe ? Pas certain. Il y a donc des choses à changer c'est sûr. Mais je remarque aussi que les idéologues qui font de la casse du code du travail un préalable à tout et un remède au chômage se trompent largement.

L'économie est une science. Comme toute science elle a pour objectif d'expliquer et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, le plus objectivement possible. Elle offre au politique dans éclairages pour leurs prises de décisions. Même si l'idéologie fait naturellement partie de la politique, c'est normal, l'économie peut parfois rétablir quelques vérités et orienter différemment certains discours.

Tout ce qui peut avoir un effet bénéfique sur la baisse du chômage doit être mis en oeuvre. Mais ne nous trompons pas de levier, au risque de passer à côté...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire